Un réflexe commun

Lorsqu’un individu est face à une peinture purement abstraite, l’un des réflexes les plus communs est d’y voir quelque chose de reconnaissable comme un visage, un paysage ou un animal même si ceux-ci ne sont que le fruit du hasard ou de l’imaginaire. Face à l’inconnu et au côté parfois déstabilisant d’une œuvre abstraite, de voir quelque chose de reconnaissable semble avoir un effet rassurant.

Ça arrive fréquemment avec mes œuvres lorsque je les montre à mes proches. Loin de me choquer, je trouve ce phénomène fascinant et positif. Selon moi, cela montre que l’œuvre a la capacité de « parler » un langage différent selon la personne, ce qu’elle y voit (ou non), et la résonnance émotionnelle qu’ont ces images dans son imaginaire ou son histoire personnelle. Que l’observateur interprète l’œuvre selon ses propres filtres est signe qu’il se l’approprie et l’intègre à son propre vécu. Une bonne chose selon moi.

"Transmutation" Peinture numérique réalisée avec Painter X3 de Corel. Mai 2014. © 2014, Louise Lamirande.

« Transmutation »
Peinture numérique réalisée avec Painter X3 de Corel.
Mai 2014.
© 2014, Louise Lamirande.

Le cadre proposé par l’artiste

Il est certain que l’artiste a la possibilité d’orienter la lecture de son œuvre en choisissant un titre évocateur ou bien en définissant,  par écrit ou en paroles, un cadre de lecture afin de guider l’observateur dans un sens précis si tel est son désir.

Prenons l’exemple des œuvres d’aujourd’hui…

Regardez la peinture numérique ci-dessus sans lire son titre. Vous serez probablement portée à l’interpréter et à voir des choses ne correspondant pas nécessairement à ce que moi j’y vois.

Regardez maintenant son titre. « Transmutation ». Ce titre est en direct relation avoir ce que mon propre imaginaire voit dans cette œuvre, c’est-à-dire des structures rigides (dans la partie supérieure) se transformant et devenant fluide sous l’effet d’un lâcher-prise…

Jetez maintenant un coup d’œil à l’œuvre ci-dessous sans y lire le titre.

"Purification" Peinture numérique. Mai 2014. © 2014, Louise Lamirande.

« Purification »
Peinture numérique.
Mai 2014.
© 2014, Louise Lamirande.

Elle raconte une tout autre histoire et pourtant, il s’agit de la même peinture inversée, puis recadrée. Interprétez-la, ressentez-la à votre façon, puis lisez ce qui suit.

L’effet du titre sur l’oeuvre

Non seulement le sens d’affichage de l’œuvre a un effet marquant, mais le choix de son titre aussi. Toujours selon mes propres filtres et mon imaginaire personnel, je vois dans cette œuvre placée ainsi des flammes et un effet de substances fondues.

Maintenant, si j’y donne le nom « Destruction » ou le nom « Purification », non seulement vous ne lirez pas l’œuvre de la même façon, mais toute la charge émotionnelle liée à la signification du mot utilisé en guise de titre aura un impact considérable sur l’interprétation que vous en ferez.

Une perception individuelle

En somme, l’artiste a le pouvoir d’influer sur la façon dont on percevra son œuvre en choisissant son orientation, son titre, ou en définissant des balises par écrit ou verbalement, mais ultimement, l’imaginaire individuel, les filtres et symboles personnels, de même que le bagage émotionnel fera en sorte qu’elle sera perçue différemment par chacun.

Les limites

Quant au sens d’accrochage, je suis encore en réflexion à ce sujet. Est-ce qu’un artiste devrait restreindre la liberté d’un collectionneur d’art en lui imposant un sens d’accrochage pour son œuvre ou bien seulement le guider en lui en proposant un?

Au point où j’en suis, il me semble que si l’artiste marque de façon claire le sens d’accrochage (préférable) de son œuvre par une signature (en bas, à droite par exemple), il n’a pas le droit d’imposer un sens d’accrochage à l’acheteur bien que, comme nous l’avons vu, la dynamique de l’œuvre et ce qu’elle dégage soit la plupart du temps totalement différente. Son travail créatif est fait et son oeuvre achetée. À moins que ses droits d’auteur soient lésés, ce que l’acheteur fera de son oeuvre ne le regarde pas.

À lire

L’art abstrait a un sens. Saurez-vous le retrouver ? Article portant sur le sens d’accrochage d’œuvres abstraites et sur une étude réalisée par un psychologue à ce sujet.

Et vous, qu’en pensez-vous?

Merci à l’artiste Hélène Messier qui par cet article  m’a  inspiré le sujet d’aujourd’hui.

À bientôt,

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