J’ai longtemps hésité avant d’écrire ce qui va suivre. Je ne voulais pas paraître égocentriste, et puis tout ça, c’est très intime. Toutefois, j’ai constaté à quel point j’aime entendre parler d’autres artistes de leur cheminement vers les arts et la peinture en particulier. Je trouve ces récits non seulement inspirants, mais ils montrent bien à quel point l’expérience humaine, avec ses hauts et ses bas, influence la vie créative. Ces histoires m’apportent également une meilleure compréhension des intérêts du peintre et de ses œuvres. S’il en est de même pour vous, je vous invite à lire mon histoire…

Origines

Je suis née dans les années 60, la dernière enfant d’une famille nombreuse habitant dans les Cantons de l’Est (en campagne et principalement à Sherbrooke, Québec, Canada).  Mes parents n’étaient pas des artistes, mais des personnes débrouillardes et des artisans à leur façon. Mon père aimait faire de l’ébénisterie dans ses loisirs, mais pouvait aussi construire un chalet de A à Z (ou presque), tandis que ma mère  faisait de la couture, du tricot, des courtepointes et des tapis tressés. Pas de visite au musée, ni à une galerie d’art. La culture provenait des livres, des magazines et de la télévision.

Enfance, adolescence et influences

L’un de mes plus vieux souvenirs, je devais avoir environ 5 ou 6 ans, est d’être assise à la table de cuisine en train de dessiner dans mon cahier de catéchèse. Ma mère m’aidait à calquer un lion d’une page d’encyclopédie afin d’illustrer les persécutions des chrétiens dans la Rome antique.

Plusieurs éléments m’ont influencés en bas âge, comme les émissions de télévision pour enfants. On y retrouvait souvent quelques minutes de film d’animation avec des personnages en pâte à modeler ou bien des instructions pour réaliser un bricolage simple.

En voici un exemple

Et puis il y a eu l’émission « L’évangile en papier » dans laquelle on voyait Claude Lafortune fabriquer des personnages et des éléments de décor en papier. Je trouvais ça vraiment fascinant et je me suis mise à vouloir en faire de même.

J’ai aussi probablement été marqué de façon plus subtile par l’une de mes tantes, Claire Guillemette-Lamirande. Elle était photographe, enseignante et artiste-peintre. Je ne la voyais pas souvent, mais chaque été, elle venait passer deux semaines au chalet familial pour y faire de la peinture et de la photographie, entre autres. C’était une femme dynamique, sociable, une féministe et une artiste engagée aux idées bien affirmées.

Voici une vidéo montrant quelque unes de ses créations

Je dirais que le dernier élément le plus marquant et favorisant l’éclosion de mon intérêt pour les arts a été mes fréquentes visites à la bibliothèque municipale de Sherbrooke. J’y ai emprunté presque tous les livres portant sur l’artisanat disponibles à l’époque et plusieurs sur le dessin et la peinture. C’est en bonne partie grâce aux livres que j’ai appris les bases de la théorie des couleurs, la perspective, la composition et la peinture. Ces connaissances ont ensuite été approfondies par des cours et l’expérience, mais je peux dire que j’ai acquis beaucoup de notions par moi-même avant d’avoir 13 ans.

Marquée par ces influences, j’ai donc fait du bricolage et de l’artisanat tout au long de mon primaire et de mon secondaire (de 5 à 17 ans) : collage, ceintures fléchées, cuir repoussé, casse-tête en bois, macramé, tapis décoratifs, broderie, crochet, tricot, couture, sculpture en pierre à savon, frivolité, pots de terre cuite recouverts de céramique, pyrogravure, dessin, peinture, et j’en passe.

J’ai aussi fait de la musique pendant presque toutes ces années, et pendant l’adolescence, écrit de courtes nouvelles et de la poésie par pur plaisir.

J’étais sans aucun doute une enfant et une adolescente très créative. J’ai été le chouchou du professeur d’arts plastiques à l’école secondaire. Le professeur m’a même offert 20 dollars (une coquette somme à l’époque) pour une peinture à la gouache créée dans le cadre du cours (voir photo ci-dessous). J’ai refusé, mais ça a été la première fois où j’ai réalisé que d’autres personnes pouvaient être intéressées par ce que je créais.

Paysage à la gouache réalisé en 1981 dans le cadre du cours d'arts plastiques à l'école secondaire. © Louise Lamirande.

Paysage à la gouache réalisé en 1981 dans le cadre du cours d’arts plastiques à l’école secondaire.
© Louise Lamirande.

Études collégiales

J’avais d’excellentes notes dans tous mes cours, mais c’est sans grande surprise que je me suis dirigé vers les arts plastiques pour mes études collégiales. En fait, mon objectif était d’obtenir un diplôme collégial et un baccalauréat en arts plastiques, puis de faire une maîtrise en bibliothéconomie avec une spécialisation dans les livres portant sur les arts plastiques. Cet objectif n’a jamais été atteint.

Cégep de Sherbrooke. Pavillon 4, là où les cours en arts visuels se donnaient.

Cégep de Sherbrooke, pavillon 4. Là où les cours en arts visuels se donnaient.

Lors de ma première session en arts plastiques au Cégep de Sherbrooke, j’ai été frappée par une dure réalité. Moi qui étais habituée à avoir d’excellentes notes, je me suis confronté au jugement des professeurs et au fait que d’autres avaient plus de talents que moi. Je me suis mise à comparer mon travail à celui des autres et à déprécier ce que je faisais. À la même époque, ma mère est décédée subitement et ça a bouleversé mon monde et définitivement mis fin à une période d’insouciance.

Après une première année bouleversante au Cégep, je me suis réorientée vers un cours professionnel de trois ans en scénographie, c’est-à-dire en conception et en réalisation de costumes et de décors pour le théâtre. C’est à ce moment que j’ai quitté Sherbrooke pour Ste-Thérèse de Blainville.

Cégep Lionel-Groulx. Là où j'ai suivi mon cours en scénographie.

Cégep Lionel-Groulx.
Là où j’ai suivi mon cours en scénographie.

Ensuite, fraîchement diplômée, installée à Montréal et prête à tout pour faire ma place dans le milieu du théâtre, j’ai décroché mon premier contrat professionnel dans une compagnie de théâtre pour adolescents. Les conditions n’étaient pas idéales, mon expérience minime et le budget mince. J’aurais dû refuser le contrat, mais je ne l’ai pas fait et ce fut un échec retentissant. J’étais maintenant sans emploi et je débutais ma carrière avec des références négatives. De plus, j’étais profondément blessée et je doutais de moi et de mes capacités créatives plus que jamais.

Revirement professionnel

Suite à cet échec, j’ai mis une croix sur le domaine créatif et toute la douleur qu’il évoquait. J’avais besoin de payer mes factures et grâce à des contacts, j’ai déniché du travail dans un domaine où la créativité est nulle : le domaine bancaire. J’essayais de faire abstraction de mes impulsions naturelles envers les arts et de nier cette partie de moi qui souhaitait ardemment s’exprimer. Autrement dit,  je l’étouffais du mieux que je pouvais.

Un an et demi plus tard, j’ai quitté un emploi permanent et bien payé pour réaliser un rêve, visiter l’Italie. J’y ai passé 6 semaines à admirer les chefs d’œuvres de l’art et de l’architecture, ainsi que les plus beaux ciels de ma vie. Des moments inoubliables…

De retour à Montréal, et après un bref emploi déprimant dans le domaine du crédit à travailler seule la nuit devant une machine, j’ai finalement décroché un travail dans un magasin de produits naturels. J’ai travaillé près de 20 ans dans le domaine de la santé au naturel, des médecines douces et des soins énergétiques. Durant cette longue période, j’ai suivi toute une panoplie de formations à la fois pour me soigner, prendre soin de ma petite famille et offrir des consultations en privé : reiki, naturopathie, radionique intuitive, kinésiologie de reprogrammation, nutrition holistique, tarot, numérologie, pranic healing et j’en passe.

J’ai peint très très peu pendant toute cette période de ma vie. Toute l’énergie créative enfouie bouillonnait à l’intérieur de moi jusqu’à me rendre malade par moment. Je prenais soin des autres, mais j’évitais de faire la même chose avec moi.

Parfois, en de rares moments, je permettais à ma créativité d’effleurer la surface. Les gens autour de moi réagissaient alors en disant : « Ah, tu es une artiste! » Ça me faisait tellement de bien d’entendre ces mots! C’était comme si ces gens reconnaissaient ma véritable nature.

J’ai vraiment saisi que je ne pouvais plus nier l’existence du problème lorsque, à répétition, j’éprouvais plus de plaisir à créer mes cartes professionnelles ou à bâtir un site internet qu’à rencontrer des clients. Mon besoin impérieux d’exprimer ma créativité était plus fort que tout.

La guérison

La guérison a été longue. J’ai amorcé mon retour en passant par le dessin. Je me mettais dans un état de transe similaire à celui de l’hypnose, de cette façon j’avais l’impression que ce n’était pas vraiment moi qui dessinais. Je pouvais donc me permettre de faire des erreurs et c’était moins douloureux de cette façon.

Premier dessin réalisée en transe.
Crayons de couleurs sur papier. Août 2011.
©2011, Louise Lamirande.

Lorsque je libérais ma créativité si longtemps brimée, j’avais l’impression qu’elle sortait par flot incontrôlable suivi d’une période de culpabilité. J’en oubliais de manger et de remplir mes tâches quotidiennes et je me sentais coupable de faire quelque chose que j’aime.

Peu à peu, j’ai gagné en assurance et laissez aller l’état de transe tout en assumant pleinement mes créations comme étant miennes. Maintenant, j’ai trouvé un état d’équilibre dans lequel je me permets de laisser le flot créatif s’exprimer tout en exerçant une certaine forme de contrôle. J’oscille sainement entre l’intuitif et le rationnel.

"Flot Impromptu " Huile, cire froide et médium à l'alkyde sur film de polyester Dura-Lar. 9X12 po (22,86 x 30,48 cm). Novembre 2016. © 2016, Louise Lamirande.

« Flot Impromptu « 
Huile, cire froide et médium à l’alkyde sur film de polyester Dura-Lar.
9X12 po (22,86 x 30,48 cm).
Novembre 2016.
© 2016, Louise Lamirande.

Détail de la peinture : "Flot impromptu". Huile, médium à la cire froide et médium à l'alkyde sur Dura-Lar mat. Novembre 2016. © 2016, Louise Lamirande.

Détail de la peinture : « Flot impromptu ».
Huile, médium à la cire froide et médium à l’alkyde sur Dura-Lar mat.
Novembre 2016.
© 2016, Louise Lamirande.

Détail de la peinture : "Flot impromptu". Huile, médium à la cire froide et médium à l'alkyde sur Dura-Lar mat. Novembre 2016. © 2016, Louise Lamirande.

Détail de la peinture : « Flot impromptu ».
Huile, médium à la cire froide et médium à l’alkyde sur Dura-Lar mat.
Novembre 2016.
© 2016, Louise Lamirande.

Détail de la peinture : "Flot impromptu". Huile, médium à la cire froide et médium à l'alkyde sur Dura-Lar mat. Novembre 2016. © 2016, Louise Lamirande.

Détail de la peinture : « Flot impromptu ».
Huile, médium à la cire froide et médium à l’alkyde sur Dura-Lar mat.
Novembre 2016.
© 2016, Louise Lamirande.

Conclusion

Si vous êtes dans une situation dans laquelle vous niez votre créativité, je ne peux que vous encourager à trouver une solution pour vous en sortir. Demandez un soutien psychologique s’il le faut, de l’aide d’un mentor ou d’une personne qui vous aime. N’attendez pas, je vous en prie. Il y a tant de choses à créer et tant à faire, ne perdez pas de temps avec de vieilles blessures et allez de l’avant!

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