La création d’un monotype en 10 photos

par | 19 Sep, 2019

Suivez les étapes de la création de ce monotype.

Cette semaine, je vous invite à assister à la création d’un monotype. Il y a une panoplie de croyances au sujet du monotype comme celle qu’il faut avoir une presse pour en faire ou qu’il est obligatoire de travailler avec des encres spécialisées. C’est faux ! Vous le constaterez par vous-même en lisant le présent article.

Vous allez découvrir que le processus créatif que je suis pour réaliser mes monotypes est très simple. Pas d’outils sophistiqués, pas d’étapes longues et pénibles, pas de préparation minutieuse. J’aime la simplicité, ça me permet de me concentrer sur les autres aspects de la création. Toutefois, cette simplicité ouvre la porte à une série de défis tel qu’être capable de travailler rapidement et instinctivement tout en s’appuyant sur les expériences et les connaissances acquises dans le passé, bien maîtriser le temps de séchage de la peinture, connaître le niveau d’absorption du papier, etc.

Pour acquérir une certaine maîtrise de ce processus, il faut constamment naviguer entre le lâcher-prise et le contrôle, le geste spontané et celui qui est réfléchi. J’adore ça, mais j’avoue que ce n’est pas pour tout le monde.

Une dernière chose… Je n’ai pas la prétention d’être une experte en monotype. J’ai appris à en faire par moi-même et je sais qu’il y a plusieurs autres moyens d’en faire. Je vous présente donc celle que j’utilise en ce moment et qui n’est pas nécessairement la meilleure. L’important, c’est qu’elle me convienne.

Les différentes étapes de la création

Étape 1 : Préparation de l’espace et du matériel

Mon espace de travail bien protégé, mes gants enfilés et mon tablier mis, je prépare le matériel dont j’aurai besoin pour créer mes monotypes.

  • Une plaque d’impression en gel synthétique Gel Press (lire l’article à ce sujet)
  • Une planche-guide dans laquelle je dépose la plaque de gel et qui me servira à bien centrer ma feuille de papier lors de l’impression. Cet outil que j’ai fabriqué avec du carton ondulé et des bâtonnets de bois a des bords surélevés tenant compte de l’épaisseur de la plaque de gel. Il n’est pas absolument essentiel, mais il m’aide à bien positionner ma feuille de papier afin que l’oeuvre soit centré. Aussi, ça me facilite la tâche lorsque je souhaite imprimer en plusieurs couleurs consécutivement.
Préparation du matériel. Plaque d’impression en gel à droite et planche-guide à gauche.
© Louise Lamirande.

Étape 2 : Les outils à la portée de la main

Pour faire du monotype à l’acrylique, même avec un médium retardateur, il faut créer rapidement. C’est pourquoi je garde toujours près de moi mes outils préférés.

Il s’agit de :

  • peinture acrylique (Pebeo, ou Liquitex sont parfaits pour ça)
  • un médium retardateur (pour ralentir la vitesse de séchage de la peinture acrylique). J’utilise la marque Liquitex, mais je pourrais employer la peinture de la gamme Open de Golden.
  • un vaporisateur contenant de l’eau pour réactiver la peinture, la diluer, nettoyer ou créer divers effets
  • un peu d’alcool isopropylique (alcool à friction) pour créer d’autres effets
  • des cartes de plastiques
  • des pinceaux en silicone
  • un chiffon.

À cela, pourrait s’ajouter des retailles de papier, différentes sortes de textile, un rouleau encreur, de la pellicule plastique, des pochoirs ou des tampons faits main, mais la plupart du temps, j’utilise le minimum d’instruments afin de me concentrer sur les formes, les lignes et l’atmosphère des œuvres. Le processus est déjà assez complexe à maîtriser comme ça !

Mes outils essentiels : peinture acrylique, médium retardateur, eau, alcool isopropylique, cartes de plastique, pinceau en silicone et chiffon.
© Louise Lamirande

Étape 3 : Les derniers préparatifs

Juste avant de commencer, je place la plaque de gel à l’intérieur de la planche-guide, puis je choisis la ou les couleurs que je vais utiliser et procède au mélange avec le médium qui ralentit le temps de séchage.

La plaque de gel est mise en place sur la plache-guide. La peinture est mélangée au retardeur.
© Louise Lamirande.

Étape 4 : L’application et la manipulation de la peinture

J’applique ensuite la peinture sur la plaque d’impression. Le plus souvent, je le fais avec une carte de plastique, mais j’utilise parfois le rouleau encreur, un pinceau, du papier chiffonné ou autre selon l’impulsion du moment ou l’effet que je souhaite créer.

Par la suite, je manipule rapidement la peinture avec divers instruments jusqu’à ce que j’obtienne une image qui me semble intéressante à imprimer. C’est l’étape la plus importante et aussi la plus difficile. La moindre erreur donnera une impression décevante.

Contrairement aux encres traditionnellement employées pour le monotype qui peuvent être manipulées pendant plusieurs heures sans sécher, l’acrylique, même avec un médium retardateur, sèche très rapidement. C’est donc impossible de faire du travail très détaillé (du moins avec le médium que j’utilise et dans les conditions dans lesquelles je crée).

D’autre part, lorsqu’on ajoute de l’eau à la peinture acrylique mélangée avec une retardateur, elle se réactive partiellement et s’étale comme de l’aquarelle sur le papier. L’effet au moment de l’impression sur papier est alors assez difficile à prévoir et à maîtriser, mais potentiellement magnifique.

La peinture est appliquée librement sur la plque d’impression avec une carte de plastique.
© Louise Lamirande

l’Étape 5 : L’impression sur papier

À cette étape, je dépose la feuille de papier aquarelle sur la plaque d’impression en gel en l’insérant dans les repères de la planche-guide. Je frotte ensuite l’endos de la feuille de papier avec mes mains pour que la peinture se transfère au papier. J’utilise aussi parfois un rouleau encreur, mais la plupart du temps, mes mains sont suffisantes puisque la plaque d’impression en gel synthétique est conçue pour faciliter le transfert de la peinture (et particulièrement l’acrylique) de la plaque au papier.

Une feuille de papier aquarelle est placée par dessus la plaque de gel en suivant les repères de la planche-guide.
© Louise Lamirande

Étape 6 : La révélation… déception

C’est le moment de soulever la feuille de papier et de voir le résultat de l’impression…

Sur la photo ci-dessous, vous pouvez voir un effet d’aquarelle au bas de l’œuvre imprimée (à la droite). Dans ce cas-ci, j’ai sous-estimé la quantité d’eau présente sur la plaque d’impression et ça donne un effet beaucoup plus étalé que ce que je souhaitais obtenir. Ce n’est pas un fiasco total, mais je suis quand même déçue. Puisque j’ai encore suffisamment de peinture sur ma plaque d’impression, je décide de tenter de créer un autre monotype.

À gauche, la plaque après impression. À droite, le monotype.
© Louise Lamirande

Étape 7 : Rien à perdre… un nouvel essai

N’ayant rien à perdre, je manipule la peinture restant sur la plaque de gel avec des gestes rapides et spontanés à l’aide d’un pinceau en silicone. Puisque j’aime le mouvement créé, je décide de faire une nouvelle impression. Voici ce que ça donne…

Je manipule la peinture à nouveau avec des gestes spontanés.
© Louise Lamirande
Le résultat après impression.
© Louise Lamirande

Étape 8 : Visualisation et évaluation avec le passe-partout

C’est maintenant le temps d’évaluer l’œuvre. Est-ce qu’elle me satisfait telle quelle ou non? Devrais-je la recadrer, ajouter de la couleur, la compléter avec d’autres médiums, corriger tel ou tel élément, modifier légèrement le contraste, etc.

Va-t-elle finir sur la pile « à regarder plus tard », « à retoucher », « matériel pour collages », ou bien sur celle servant à décharger mes pinceaux et mes instruments de travail du surplus de peinture?

En général, j’évite de retoucher les monotypes au pinceau ou avec d’autres médiums. En le faisant, je tends à perdre la spontanéité du geste. Par contre, j’aime bien imprimer à nouveau dessus avec d’autres couleurs ou du blanc.

Pour m’aider à décider de ce que je ferai de l’œuvre, j’aime la regarder sous tous ses angles et à tester différents cadrages. Dans ce cas-ci, après avoir basculé le monotype sur le côté j’ai eu le plaisir de voir apparaître une puissante tornade qui va assez bien avec la thématique de mes oeuvres actuelles. J’ai ensuite testé le meilleur cadrage à l’aide d’un passe-partout.

Je pivote le monotype à l’horizontal et test le cadrage avec un passe-partout.
© Louise Lamirande.

Étape 9 : Découpage de l’œuvre

C’est le moment de découper l’œuvre. Dans ce cas-ci, j’ai enlevé quelques centimètres à l’une des extrémités afin que les dimensions du monotype soient compatibles avec celles des passe-partout et des cadres que j’utilise le plus fréquemment.

Je taille l’oeuvre à la dimension souhaitée.
© Louise Lamirande

Étape 10 : Vue avant signature

Voici ce que ça donne pour le moment. Le résultat final sera toutefois un peu différent. Traditionnellement, pour les œuvres imprimées comme le monotype, le titre et la signature de l’artiste apparaissent au bas de l’œuvre. Mes monotypes suivent cette tradition. Lorsque j’aurai trouvé un titre et signé cette oeuvre, je devrai faire tailler un passe-partout sur mesure dont la fenêtre (l’espace intérieur) sera un peu plus grande en hauteur. Ça viendra plus tard…

Le rendu final avant signature. Si désiré, le monotype pourrait être modifié avec un ou plusieurs autres médiums (aquarelle, encre, pastel, etc.).
© Louise Lamirande

Conclusion

Comme vous pouvez le constater, mon processus de création actuel est d’une grande simplicité, même s’il demande beaucoup de pratique. Il est certain que les défis ne seraient pas les mêmes si j’utilisais des encres à base d’huile ou solvables à l’eau qui prennent beaucoup plus de temps à sécher, mais pour en avoir essayé une prétendument écolo et facile à laver, je n’ai pas du tout aimé sa texture collante. Je n’avais pas besoin de solvant pour nettoyer mes outils de travail, mais c’était quand même très collant et trop long pour moi. Je préfère avoir plus de temps à créer qu’à laver mes outils 😉

J’espère que vous avez aimé en apprendre plus sur la création de mes monotypes. Si vous ne l’avez pas encore fait, jetez un coup d’œil à mes galeries d’images. Vous y verrez des photos de la plupart de mes monotypes des 12 derniers mois :

Merci d’être là et à bientôt,

Louise

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