Récemment, j’ai fait du monotype avec une encre écologique que j’ai fabriqué moi-même. Si vous me suivez sur Instagram, vous avez probablement vu mes œuvres réalisées avec cette encre. Cette expérience m’a permis de constater à quel point créer sa propre peinture ou son encre écologique est plus difficile que ça en a l’air.

Dans l’article d’aujourd’hui, je vous parle des défis auxquels j’ai dû faire face au cours de mes recherches et des mes expérimentations. Je vous propose également quelques ressources au cas où vous souhaiteriez vous lancer dans l’aventure.

Monotype sans titre pour l'intant Charbon, riz et alcool sur papier. 8 x 10 po (20,3 x 25,4 cm) sur papier 11 x 14 po (27,9 x 35,6 cm). Mars 2019. © Louise Lamirande.

Monotype sans titre pour l’intant
Charbon, riz et alcool sur papier.
8 x 10 po (20,3 x 25,4 cm) sur papier 11 x 14 po (27,9 x 35,6 cm).
Mars 2019.
© Louise Lamirande.

Le point de départ

À la recherche d’une encre ayant à peu près les mêmes caractéristiques physiques que l’acrylique pour faire du monotype, je me suis tournée vers internet pour trouver des idées et des recettes écolos à expérimenter. Après des jours et des jours à faire de la recherche, j’ai constaté à quel point cette quête ne serait pas si facile que je le croyais au départ.

Ma recherche s’est surtout portée sur une encre/peinture opaque applicable au rouleau encreur convenant aux œuvres sur papier, idéalement à base d’eau, non toxique et facile à nettoyer. Je ne parlerai donc pas d’aquarelle, de gouache ou de peinture à l’huile dans cet article.

Les défis

Voici quelques-uns des défis auxquels j’ai dû faire face lors de mes recherches et des expérimentations.

  • Trouver l’information

J’ai parcouru des pages et des pages de texte sur internet. Visionnés une panoplie de vidéos. Fouillé dans des livres anciens du domaine public à la recherche du St-Graal et exploré des livres plus récents très décevant. J’ai suivi bien des pistes qui n’ont mené à rien. Tout ça pour finalement peu d’info correspondant à mes besoins.

  • Les ingrédients

Trouver les ingrédients nécessaires à la fabrication de peinture écolo est un autre défi. Plusieurs recettes requièrent des ingrédients provenant de l’autre bout de la planète (est-ce vraiment un choix écolo?) ou bien des ingrédients inconnus qui demande plus de recherches ou s’avèrent introuvables.

Pour ce qui est des couleurs provenant de plantes indigènes, de pierres ou du sol, j’avoue que l’idée de les récolter et de les transformer moi-même est une possibilité, mais elle dépasse largement le degré d’investissement de temps et d’énergie que je souhaite mettre dans ce projet.

  • Les produits animaux

Certaines peintures écolos sont utilisées depuis des millénaires. Prenez l’exemple de la peinture à la caséine (provenant du lait) que l’on retrouve dans l’art de l’Égypte antique. Cette peinture résiste au temps, mais n’est pas flexible. Elle ne convient donc pas aux œuvres sur papier ou sur toile à moins de coller ceux-ci sur une surface rigide… avec une colle écolo bien sûr 😉

D’autre part, la caséine en poudre est extraite du lait à l’aide de présure, des enzymes provenant de l’estomac de jeunes ruminants. Malheureusement, cela se fait en abattant l’animal. Pour moi qui suis végétarienne depuis plus de 30 ans et végétalienne presque à 100% depuis quelques années, c’est une option que je préfère éviter.

D’autres recettes font appel à des ingrédients naturels, mais tirés des animaux ou des insectes comme la gélatine ou la gomme-laque. Si l’animal ou l’insecte doit être tué pour me fournir les ingrédients de ma peinture, j’avoue que j’y pense à deux fois.

Monotype sans titre pour l'intant Charbon, riz et alcool sur papier. 8 x 10 po (20,3 x 25,4 cm) sur papier 11 x 14 po (27,9 x 35,6 cm). Mars 2019. © Louise Lamirande.

Monotype sans titre pour l’intant
Charbon, riz et alcool sur papier.
8 x 10 po (20,3 x 25,4 cm) sur papier 11 x 14 po (27,9 x 35,6 cm).
Mars 2019.
© Louise Lamirande.

  • La conservation

La plupart des recettes de peintures écolos doivent être fabriquées fréquemment puisqu’elles contiennent des ingrédients périssables et pas (ou très peu) d’agent de conservation.

Dans le cas de l’encre écolo que j’ai préparée moi-même, le médium à base de riz blanc cuit avec de l’eau se conservait seulement de 2 à 3 jours avant de se séparer et de devenir inutilisable.

  • La durabilité

La longévité des œuvres créées avec les peintures et les encres créées par soi-même est très difficile à prédire. Oubliez le vernis anti-UV en aérosol à base d’acrylique pour protéger vos œuvres! Et qu’en est-il de l’adhérence au support à long terme, de la résistance à la lumière, à la moisissure, aux craquelures ou aux parasites? Beaucoup de questions sans réponse.

Malheureusement, la plupart des sources proposant des recettes écolos que j’ai consultées ne donnent aucune information sur la durabilité des peintures et des encres. La seule chose qui est parfois dite est qu’il faut s’attendre à ce que les couleurs provenant des végétaux s’estompent rapidement. Pour le reste, on navigue dans l’inconnu.

  • La constance

Faire soi-même sa peinture et son encre, ça veut aussi dire accepter de ne pas avoir une peinture ayant toujours les mêmes caractéristiques physiques sur le plan de la consistance, de la concentration, de la transparence, etc. Il suffit d’une petite modification dans la recette ou la fraîcheur pour que ça change tout.

  • Le danger

Faire sa propre peinture n’est pas nécessairement sans danger. Par exemple, parmi les substances servant d’agent de conservation aux peintures et aux encres faites par soi-même, j’ai souvent vu l’alun qui est reconnu, entre autres, comme étant cancérigène et mutagène.

Autre exemple. Le carbonate d’ammonium qui est un dérivé de l’ammoniaque est utilisé pour émulsionner l’huile et les cires. C’est toutefois une substance irritante pour la peau et les voies respiratoires nécessitant le port d’un masque et de gants lors de sa manipulation.

Ce n’est donc pas parce que c’est une recette ancienne que c’est sans danger.

Une chose est certaine, faire les choses par soi-même demande de la recherche et de s’informer à fond sur les ingrédients et les précautions à prendre avant, pendant et après la fabrication de la peinture ou de l’encre.

  • Un chemin moins fréquenté

Finalement, faire sa propre peinture écolo est toute une aventure. Lorsqu’on se retrouve devant une difficulté, il faut bien souvent trouver la solution et procéder à des tests par soi-même.

Personnellement, je ne connais personne ayant l’expertise nécessaire pour me guider dans mes recherches. Je me fis donc à ma débrouillardise et aux diverses ressources que je peux trouver en ligne ou dans des bouquins.

Considérant tous les défis à relever pour trouver une encre d’impression écolo pour mes monotypes, j’en suis maintenant rendu au point de faire des compromis. Je vais continuer à chercher des solutions de remplacement, mais pour l’instant, je choisis de continuer à utiliser de la peinture acrylique en petite quantité.

Monotype sans titre pour l'intant Charbon, riz et alcool sur papier. 8 x 10 po (20,3 x 25,4 cm) sur papier 11 x 14 po (27,9 x 35,6 cm). Mars 2019. © Louise Lamirande.

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Charbon, riz et alcool sur papier.
8 x 10 po (20,3 x 25,4 cm) sur papier 11 x 14 po (27,9 x 35,6 cm).
Mars 2019.
© Louise Lamirande.


Des ressources

Si vous souhaitez vous lancer dans l’aventure de la peinture écolo, voici quelques liens pour vous aider à démarrer.

Des livres

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Base de données sur les pigments. Très complète, mais en anglais.

Une liste beaucoup moins complète que la précédente, mais en français.

Merci de votre présence et à bientôt,

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