Si vous êtes une personne créative, vous êtes probablement une habituée de l’expérimentation, du moins jusqu’à un certain point. Il vous arrive d’essayer de nouveaux médiums, de nouvelles techniques, une approche différente en peinture ou des moyens originaux d’exprimer votre créativité. Vous découvrez du nouveau, trouvez une panoplie de nouvelles idées à explorer et avez du plaisir. Fantastique! Toutefois, l’expérimentation comporte aussi sa part de risques.

Aujourd’hui, je vais vous parler des risques portant sur l’intégrité physique de peintures nées de l’expérimentation. C’est un sujet important, surtout que vous êtes plusieurs à vouloir vous inspirer de mon travail sans, je m’en compte, réaliser que ça comporte des risques.

Détail d'une peinture à l'huile et à la cire d'abeille réalisée sur du film de polyester montrant certaines des carcatéristiques que j'aime de ce support et la raison pour laquelle je persévère à l'utiliser malgré les risques. © 2018, Louise Lamirande.

Détail d’une peinture à l’huile et à la cire d’abeille réalisée sur du film de polyester montrant certaines des caractéristiques que j’aime de ce support et la raison pour laquelle je persévère à l’utiliser malgré les risques.
© 2018, Louise Lamirande.

La tradition et le connu

Si vous faites de la peinture en suivant des procédés traditionnels qui ont plusieurs décennies, voire plusieurs siècles d’histoire, vous avez la chance d’avoir une bonne idée de la façon dont vos œuvres vont se préserver dans le temps. Pensez par exemple aux peintures à l’huile réalisées par les grands maîtres qui ornent les murs des musées des siècles après leur réalisation. Bien sûr, ce sont des peintures maintenant conservées dans des conditions idéales et certaines ont dû être nettoyées et restaurées, mais elles existent toujours. Les matériaux, le support, les techniques employées à l’époque ont su traverser le temps.

L’expérimental et l’inconnu

Maintenant, si vous faites de la peinture expérimentale avec des matières premières qui n’existent que depuis peu dans l’histoire de l’art ou si vous employez des techniques, des matériaux ou des procédés inusités qui n’ont pas été préalablement testés et qui n’ont pas encore d’histoire, il est impossible de savoir, hors de tout doute, comment vos œuvres vont se comporter à travers le temps. L’avenir est inconnu. Est-ce que la peinture va craqueler ou s’écailler? Est-ce que le support va jaunir et détériorer les couches de peinture? Est-ce que les couleurs vont pâlir et finir par disparaître? On ne peut faire que des suppositions.

Si vous peignez en amateur et que vous ne vous souciez pas que vos œuvres se détériorent rapidement ou qu’elles vous survivent, continuez à faire ce que bon vous semble et amusez-vous!

Si toutefois vous souhaitez que vos œuvres perdurent ou si vous en faites la vente, c’est un point important à considérer.

Quelques-unes de mes peintures à l'huile et à la cire d'abeille avant marouflage sur carton sans acide. Une expérience désastreuse. © 2018, Louise Lamirande.

Quelques-unes de mes peintures à l’huile et à la cire d’abeille avant marouflage sur carton sans acide. Une expérience désastreuse.
© 2018, Louise Lamirande.

L’exemple de l’huile sur film de polyester

Comme vous le savez, j’aime expérimenter en peinture. J’apprécie tout particulièrement les papiers synthétiques faits de matières plastiques comme le Yupo (l’équivalent du Lanavanguard), ou le Dura-Lar (Mylar). Ce sont des supports relativement jeunes dans l’histoire de l’art et même si on a une bonne idée de la façon dont va se comporter ce type de plastique avec le temps et que certains médiums semblent bien réagir avec ces supports, il y en a d’autres, plus à risque.

Malgré tout je peins fréquemment à l’huile sur film de polyester translucide, un support employé par les architectes et les dessinateurs pour le dessin au crayon et à l’encre. Il y a deux raisons principales pour lesquelles ce support est rarement utilisé pour la peinture à l’huile :

  • à cause de la souplesse du support, la peinture à l’huile pourrait craquer.
  • le support étant lisse, l’adhérence est minimale. Il est possible que la peinture à l’huile, surtout si elle est en couches épaisses, se détache du support en se contractant lors du processus de séchage. Si en plus on mélange de la cire d’abeille avec ça comme je le fais, vous pouvez imaginer…
  • le marouflage devient rapidement un cauchemar si on n’a pas le bon adhésif… et encore…

Je cours le risque de me retrouver un jour avec des dizaines de peintures détériorées. J’ai des œuvres qui ont un peu plus de deux ans et qui sont encore impeccables, mais ce qui va leur arriver à long terme est un mystère.

Il faut dire que ne suis pas totalement casse-cou même si j’aime la peinture expérimentale. J’utilise un médium à base d’alkyde afin de donner plus de souplesse à la couche de peinture. La presque totalité de mes peintures sur film de polyester est encadrée sous verre avec un passe-partout afin de rigidifier le support et de limiter les risques de friction de la surface peinte. De plus, je limite l’épaisseur et le nombre de couches de peinture lorsque je peins sur le film de polyester.

L’expérimental, c’est risqué. C’est l’occasion de belles découvertes, mais aussi de risques dont il faut accepter les conséquences.

Une quinzaine d'oeuvres rescapées in extremis d'une expérience de marouflage désastreuse. © 2018, Louise Lamirande.

Une quinzaine d’oeuvres rescapées in extremis d’une expérience de marouflage désastreuse.
© 2018, Louise Lamirande.

Suggestions

  • Questionnez le fabricant

En cas de doute concernant l’utilisation d’un médium ou d’un produit, en particulier visitez le site internet du fabricant, jetez un coup d’œil à la description du produit en question, à la fiche technique (si elle existe), à la page Faq du fabricant. Si vous ne trouvez pas la réponse, contactez-les! Si votre utilisation de leur produit sort vraiment de l’ordinaire, il est bien possible qu’ils ne puissent pas répondre à votre question, mais vous n’avez rien à perdre.

Certaines compagnies ont un excellent service à la clientèle, tandis que d’autres ont un service exécrable ou tout simplement absent. À ce sujet, si vous contactez une compagnie basée dans un pays anglophone, je vous suggère d’employer l’anglais si vous le pouvez, et même s’ils ont une version française de leur site internet et qu’ils semblent offrir un service en français. La plupart du temps, vous obtiendrez un service beaucoup plus rapide. En plus, vous allez éviter les problèmes occasionnés par des traductions automatisées ou les délais de transfert de courriels du service à la clientèle anglophone à celui francophone situé dans un autre pays.

Si vous n’obtenez pas de réponse, essayez de les contacter en passant par la page Facebook de la compagnie. Encore une fois, ça marche, mais pas toujours.

  • Contactez un expert

Pensez à contacter un expert. Selon les besoins, ça pourrait être un conservateur, un archiviste ou même un chimiste!

  • Testez par vous-même

Si vous avez contacté la compagnie, écumé l’internet et toutes les ressources à votre disposition et que vous ne trouvez toujours pas de réponse, il ne vous reste plus qu’à expérimenter par vous-même dans la mesure où votre sécurité, et celle des autres, n’est pas en jeu bien entendu et que vous êtes prêt à accepter les conséquences qui pourraient en résulter.

Merci de votre présence et au plaisir,

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