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Chaque année, la belle saison amène une panoplie de symposiums et d’expositions d’art dans les parcs, jardins et autres lieux publics, ici au Québec et ailleurs. C’est l’occasion pour de nombreux artistes de montrer leurs œuvres et de vendre le fruit de leur travail.

Je dois dire que j’admire les artistes qui participent à ce genre d’événement. Juste l’idée d’avoir à transporter des dizaines d’œuvres, de monter un kiosque de A à Z,  de passer plusieurs jours à l’extérieur dans des conditions météo parfois difficiles à accueillir les visiteurs tout en gardant le sourire et le moral, puis de démonter tout ça, de retourner chez moi, d’avoir à décharger le matériel et de tout recommencer le week-end suivant, pour moi, c’est déjà trop. Alors, bravo si vous avez le courage de faire ça.

J’admire aussi votre capacité à supporter la chaleur, l’humidité et les moustiques, autant que le vent, la pluie et le froid, car il ne fait pas se le cacher, au Québec, la température n’est pas toujours au beau fixe.

Risques de dommages

Il y a toutefois un aspect important de ces expositions de peinture en extérieur qui est trop souvent gardé sous le silence. Il s’agit des risques de dommages permanents pour les tableaux, peintures et autres œuvres d’art sur papier, bois ou toile lors de tels événements. Vous travaillez si fort pour parfaire votre art et créer des œuvres dont vous êtes fiers (fières), il serait triste de les abîmer n’est-ce pas ?

Je n’ai pas la prétention d’être une experte dans la préservation des œuvres d’art. C’est pourquoi, pour le reste de l’article, je vais citer à maintes reprises l’Institut canadien de la conservation (liens en fin d’article) qui est responsable de la collection patrimoniale du Canada.

Ce sont des experts dans le domaine de la préservation des œuvres d’art. Ils ne parlent pas directement des conditions auxquelles sont exposées les peintures lors de symposiums en extérieur, mais ça vous donnera une idée des risques à exposer vos œuvres lors de tels événements. À vous de décider par la suite si vous souhaitez y participer ou non.

Photo : geralt/Pixabay.com

Voici quelques-unes des sources de danger risquant d’affecter l’intégrité de vos tableaux, peintures ou œuvres sur papier lorsqu’elles sont exposées en extérieur.

  • Manipulations répétitives et parfois inadéquates. Une œuvre qui est transportée d’une exposition à une autre sera inévitablement manipulée plus qu’elle ne devrait l’être. Est-ce que ce sera toujours fait dans les règles de l’art ? Gants de coton, emballage parfait, manipulation en douceur, moyen de transport idéal, etc.
  • Dommages causés par les visiteurs. Les gens qui touchent ou s’approchent de trop près et accrochent les œuvres. Les doigts collants des enfants trop curieux. Etc.
  • Exposition directe des peintures aux rayons UV du soleil. Combien de fois j’ai vu des œuvres exposées au soleil en bordure d’un kiosque. C’est bon pour attirer les acheteurs, mais pour préserver les œuvres de la décoloration et du vieillissement prématuré, ce n’est vraiment pas idéal.
  • Température extrême. La plage de température idéale pour la conservation de toiles est de 16 à 25 C. Selon l’Institut canadien de la conservation :

« Des températures élevées (supérieures à 30 °C) combinées à un taux d’humidité élevé peuvent causer le ramollissement des couches picturales et de vernis, permettant à la saleté d’adhérer plus facilement à ces surfaces. L’exposition à des températures élevées, par exemple directement à la lumière du soleil ou trop près d’une lampe à haute intensité, peut causer une dessiccation locale de la peinture, de la préparation, de l’encollage et de la toile ou, dans le pire des cas, la formation de cloques sur la peinture et le vernis. 

Soumises à de basses températures, la préparation et la couche picturale deviennent un peu plus friables et plus sensibles aux dommages lorsque les œuvres sont déplacées ou qu’elles subissent des chocs. Les peintures acryliques sont particulièrement susceptibles de se craqueler au froid, car leur température de transition vitreuse (la température à laquelle le polymère, qui est plutôt caoutchouteux et souple, devient vitreux et cassant) se situe dans la fourchette de températures de 5 à 10 °C, soit une température considérablement plus élevée que celle des peintures à l’huile (–5 °C et moins). » Institut canadien de la conservation

Photo : JamesDeMers/Pixabay.com

  • Taux d’humidité trop élevé. Il est recommandé de conserver les œuvres d’art à un taux d’humidité stable situé entre 40% et 60%. Toujours selon l’Institut canadien de la conservation, voici les risques encourus lorsque des peintures sur toile ou de lourds panneaux de bois sont exposées à un niveau élevé d’humidité :

« Toutes les couches des peintures à l’huile se dilatent et se contractent, les tensions fluctuent. Des plis de tension et des ondulations peuvent se former. La préparation et la peinture peuvent se craqueler, ce qui entraîne ultimement des lacunes.

Le bois peut se dilater et se contracter, formant ainsi des craquelures le long du fil.

La peinture sur des supports lisses non hygroscopiques (qui n’absorbent pas l’humidité de l’air) peut gonfler et rétrécir, puis se détacher.

Une humidité élevée favorise la formation de moisissures. » Institut canadien de la conservation

Pour les peintures réalisées sur un support pouvant absorber l’humidité ambiante comme le papier, les petits panneaux de bois, les peintures à l’eau, les peintures sur carton :

« Gondolage des panneaux en bois ou à base de bois.

Craquèlement et lacunes potentielles de peintures à base de colle.

Craquèlement et délamination de la peinture sur des supports en carton dur

Une humidité élevée favorise la formation de moisissures. » Institut canadien de la conservation

  • Fluctuations de température et d’humidité. : À ce sujet, l’Institut canadien de la conservation indique que :

« Si une peinture est exposée à des conditions plus rudes que celles auxquelles elle est habituée, elle sera davantage endommagée… il est important que les tableaux ne soient pas exposés à des variations importantes au cours des expositions, de l’entreposage et des déplacements. »

  • La pollution atmosphérique. Encore une fois, voyons ce que dit l’Institut canadien de la conservation dit à ce sujet :

«  Les polluants atmosphériques endommagent les surfaces peintes. Les principaux polluants dont il faut se préoccuper sont le dioxyde de soufre, le sulfure d’hydrogène, le dioxyde d’azote et l’ozone, ainsi que les aérosols et la saleté. Ces substances sont notamment susceptibles d’avoir les effets suivants sur les surfaces peintes :

  • farinage
  • décoloration
  • altération de la couleur
  • perte de lustre
  • augmentation du taux d’oxydation
  • noircissement des pigments à base de plomb
  • accumulation de particules fines. »

Photo : adege/Pixabay.com

  • Les insectes et les infestations fongiques.

« Les insectes peuvent laisser derrière eux des excréments très acides (les chiures de mouches, entre autres) sur la couche picturale des peintures. Les insectes xylophages peuvent détruire à la longue un support de bois. »

« Les œuvres d’art sont vulnérables aux infestations fongiques lorsque le taux d’humidité relative dépasse 70 ou 75 %. Des taux d’humidité et des températures élevés ainsi qu’une mauvaise circulation d’air offrent des conditions favorables à la formation de moisissures… Sur le plan de la structure, les acides libérés par les moisissures entraînent la dégradation des matériaux touchés. Cependant, les composés organiques volatils toxiques libérés par les moisissures sont encore bien plus menaçants (qu’il s’agisse de moisissures actives ou non). Il convient de prendre des précautions particulières lorsqu’une œuvre a été contaminée, dont les mesures suivantes :

  • isoler l’œuvre touchée
  • confiner l’œuvre (emballage et scellage)
  • prévoir des mesures pour veiller à la santé et à la sécurité des personnes qui doivent manipuler ou examiner l’objet (le port de l’équipement de protection individuelle approprié, par exemple une combinaison Tyvek, des gants et un masque jetables).

On ne saurait trop insister sur le fait que la contamination fongique d’un objet ou d’une collection doit être évitée à tout prix. Il convient de mettre en place toutes les mesures nécessaires afin d’éviter d’exposer les œuvres à des conditions propices à la formation de moisissures. »

Autres points à considérer

  • La durée de l’exposition

Si vous exposez en extérieur et que vos œuvres se vendent dès la première journée, les risques de dommages sont moins importants que si vos œuvres voyagent d’une exposition à l’autre tout l’été.

  • Vos collectionneurs

Si vos œuvres attirent une clientèle qui change sa déco tous les 5 ans, que vos œuvres ne perdurent pas, parce qu’elles ont subi des dommages invisibles dans l’immédiat, n’est peut-être pas si grave. Par contre, si vos collectionneurs recherchent des œuvres qui dureront des décennies et qui vous font confiance quant à la qualité de ce qu’ils achètent, je crois que ça vaut la peine de sérieusement réfléchir à tout ça.

Quoi faire ?

À la lumière de recommandations citées plus haut, que devriez-vous faire ? Il n’y a pas de réponses valables pour tous et toutes. Vous êtes la meilleure personne pour décider quoi faire. Voici toutefois quelques pistes à explorer :

  • Ne pas exposer en extérieur.
  • Exposer dans des lieux d’exposition où la température et le taux d’humidité se rapprochent le plus des recommandations de l’Institut canadien de la conservation.
  • Privilégier des événements offrant aux artistes la possibilité d’exposer à l’intérieur dans un environnement climatisé.
  • Choisir un médium ou un moyen d’expression résistant aux différentes conditions climatiques.
  • Sensibilisez les organisateurs des événements auxquels vous participez afin qu’ils développent des solutions visant à réduire les risques ou qu’ils trouvent des locaux plus appropriés à l’exposition d’œuvres d’art.

Pour en savoir plus

Merci de votre présence et à bientôt,

Signature de l'artiste

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